Mai 68, étape symbolique d’une évolution sociétale – Mouna, un héro grec qui célébrait la vie et les idées (sixième contribution)

Participez à la préparation du Café citoyen qui aura lieu le 7 juin à Poitiers en adressant un court texte sur ce qu’évoque pour vous l’expression Mai 68 à cerclecondorcet86@yahoo.com . Une synthèse des contributions servira d’introduction.

Il y aura du trop plein de souvenirs, de témoignages sur mai 68 , sur ses figures et événements plus ou moins emblématiques… Je préfère me souvenir de Mouna , harangueur public qui survécu à 68 pendant bien des années battant le pavé de Paris, avec son sourire , son vélo déglingué, son  réveil autour du coup qui sonnait pour nous « réveiller » , avec des idées , des mots pour dénoncer avec humour , malice et finesse la société de consommation,  le racisme,  l’exploitation… » le caca pipi TALISME .. ». le danger nucléaire … la corruption des élites etc. A lui seul, écrivait Cavanna, Mouna est une manifestation. Mouna aurait eu cent ans cette année. Panam est en deuil depuis 1999 date de sa mort. Il est présent dans notre mémoire bien plus que Dany… pour une seule raison … Mouna était un héros grec qui célébrait la vie et les idées … loin des postures et de l’air du temps… Dany se préoccupa beaucoup de lui même et fit carrière… Il est d’ailleurs devenu un notable de la République  et des salons divers et variés et donnera des conférences très sérieuses en ce mois de mai. Mouna nous invitait  » à  faire l’amour les uns sur les autres »…de  » moins prier et d’aimer plus  » en jetant joyeusement des graines aux badauds qui l’écoutaient.  Comprenne qui voudra …

Clochard-philosophe libertaire, pacifiste, écologiste avant l’heure, Mouna connut son heure de gloire en mai 68.

Mai 68, étape symbolique d’une évolution sociétale – Des valeurs humanistes et de combats contre « l’individualisme petit bourgeois » (cinquième contribution)

Participez à la préparation du Café citoyen qui aura lieu le 7 juin à Poitiers en adressant un court texte sur ce qu’évoque pour vous l’expression Mai 68 à cerclecondorcet86@yahoo.com . Une synthèse des contributions servira d’introduction.

En mai 68 j’avais 18 ans, l’année du bac philo au lycée Clémenceau de Nantes (lycée de garçons qui accueillait une vingtaine de filles, c’était pas triste… à l’époque les lycées nantais n’étaient pas mixtes). Les profs ont fait grève, ça discutait fort, mais je n’ai pas vraiment participé aux évènements… par exemple je ne me souviens pas être allée aux manifs sur la fac, peut être une manif dans Nantes… Je défendais les évènements à la maison en discutant ferme avec mes parents qui avaient plutôt une éducation bienveillante, mais regardaient l’électron libre que j’étais avec étonnement, voire incompréhension. J’ai révisé mon bac dans le jardin, car je voulais l’avoir et avais en tête de partir faire mes études ailleurs qu’à Nantes. J’avais déposé des dossiers de candidatures pour 3 IUT Carrières Sociales : Tours, Rennes, ou Bordeaux. J’ai eu mon bac et suis partie à Rennes.

Alors 1968, je l’ai plutôt vécu en 1968/69…les principes d’organisations des études étaient remises au cause. Plus de cours magistraux, nous travaillons en ateliers, en plénières sur le mode collectif en partant de sujets que nous décidions ensemble d’étudier, la parole des profs était écoutée et remise en cause….ah ce que nous avons pu discuter… ! Le recrutement des étudiants (20 par promo) était divers (des jeunes comme moi fraichement moulus et des étudiants plus âgés en reconversion ou des moins jeunes ayant déjà travaillés en reconversion également)  C’est là que j’ai commencé à mieux comprendre la politique, à creuser l’histoire politique contemporaine, à m’outiller…à mieux comprendre les enjeux du « collectif », les impasses de la société de consommation galopante dans laquelle j’avais vécu mon enfance et mon adolescence. Elevée sur des valeurs de partage et façonnée par 4 années chez les éclaireurs de France, j’avais acquis de solides bases qui m’éloignaient de l’individualisme qui envahissait les consciences.

Il se dit que mai 68 correspond à la naissance de l’individualisme, concordance des temps, mais mai 68 n’en n’ai pas la cause.

Au contraire, c’est bien à cette époque que sont apparues au grand jour toutes les luttes collectives qui ont construit en partie la société actuelle. Ces luttes idéologiques se sont heurtées politiquement, socialement et philosophiquement aux idéologies « impérialistes » comme on disait à l’époque qui dominaient largement la pensée et étaient bien à l’œuvre et aux commandes dans l’économie et aux gouvernements,(souvenez -vous aux élections qui ont suivi en juin 68, les Français ont largement voté pour la droite). La société marchande a gagné…et encore aujourd’hui on la voir à l’œuvre avec férocité.

Mais les luttes d’aujourd’hui, par exemple pour la défense du service public, pour un meilleur accueil des migrants, pour un respect de la nature, pour la lutte contre la pauvreté et la précarité, pour l’égalité homme /femme.. sont fondées sur ces valeurs que mai 68 avait activées ou ré-activées.

Pour moi mai 68, c’est la naissance de ma conscience politique fondée sur des valeurs humanistes et de combats contre l’âpreté d’un système politique fondé sur l’individualisme et l’enrichissement de quelques-uns au détriment du plus grand nombre. « Individualisme petit bourgeois » disait-on  sachons rire tout de même de nos slogans. .. mais qui finalement ne sonnent pas si faux que ça !

Mai 68 étape symbolique d’une évolution sociétale – Comme si, dans la nuit du 4 août, les privilégiés eux-mêmes avaient voté l’abolition de leurs propres privilèges (4ème contribution)

Participez à la préparation du Café citoyen qui aura lieu le 7 juin à Poitiers en adressant un court texte sur ce qu’évoque pour vous l’expression Mai 68 à cerclecondorcet86@yahoo.com . Une synthèse des contributions servira d’introduction.

J’étais en 4ème année de médecine. Je faisais partie des « nantis » qui avaient passé avec succès deux ans plus tôt le concours d’Externat. C’était une sorte de privilège que d’avoir réussi ce concours. Les Externes étaient les seuls parmi les étudiants à être dotés de 5 à 6 « lits » dont ils étaient responsables dans les services hospitaliers et pouvaient choisir leur service, en fonction de leur rang au concours, tous les 6 mois, pendant 4 ans. Les autres étaient réduits à errer dans les couloirs sans disposer de « lits » bien à eux et ne bénéficiaient pas du même enseignement de leurs Maîtres qui les considéraient comme des nuls. Mai 1968, par son bouillonnement intellectuel a fait réaliser que cette situation était injuste. Non seulement par les étudiants sans grade, mais aussi par les Externes eux-mêmes. J’étais alors membre du bureau de l’Association des Externes et Anciens Externes des Hôpitaux … de Poitiers (Mazette !!). Quand a eu lieu l’Assemblée Générale de notre Association Nationale, je suis « monté à Paris » avec d’autres délégués et nous avons voté la suppression de l’Externat, afin que tous les étudiants puissent bénéficier du même enseignement pratique. Un auto-sabordage altruiste…

Comme si, dans la nuit du 4 août, les privilégiés eux-mêmes avaient voté l’abolition de leurs propres privilèges.

Rappelons que l’Externat avait été créé par Bonaparte en 1802 pour avoir une main-d’œuvre gratuite dans les Hôpitaux du territoire.

P.S.1. Le terme de « lit » incluait aussi le malade qui s’y trouvait couché …la sémantique de l’époque avait parfois des raccourcis !

P.S.2. Pendant toutes ma carrière, j’ai tout de même tenu à garder sur mes ordonnances la mention « Ancien Externe des Hôpitaux ». La vanité pourrait-elle parfois se cacher sous le masque de l’altruisme ? Mais c’est une autre question !

PS 3. Il fallut attendre 2005 pour que le concours d’Internat (classe de nantis supérieure) soit supprimé et remplacé par un Examen National Classant (ECN) ouvrant la porte aux meilleurs choix pour les meilleurs. Mais c’est encore une autre question qui ouvrirait une autre boite de Pandore sur l’égalité, l’égalitarisme, l’équité…

Mai 68, étape symbolique d’une évolution sociétale – L’année de ma naissance, alors forcement… (troisième contribution)

Participez à la préparation du Café citoyen qui aura lieu le 7 juin à Poitiers en adressant un court texte sur ce qu’évoque pour vous l’expression Mai 68 à cerclecondorcet86@yahoo.com . Une synthèse des contributions servira d’introduction.

Je suis née en juin 68, très certainement parce que la pilule n’était pas passée par ma maman, et mon papa, ne l’avait pas avalée non plus.

D’ailleurs mon papa avait du mal à l’avaler cette pilule de mai 68 !

Mes sœurs (plus âgées de 10,11 et 16 ans) m’ont souvent dit que notre père (maintenant et depuis longtemps aux Cieux) était effrayé par ces « gauchos de la ville ».

Il était artisan, à la campagne, et certainement redoutait que ce vent de liberté ne souffle aux oreilles de ses filles !

Bizarrement, je n’ai jamais demandé à ma sœur aînée ce qu’elle avait pensé « des événements ».

Je vais le faire, dès demain.

J’ai donc grandi à l’ombre des effluves de mai 68 ; j’ai fantasmé ce temps libertaire, et je crois que j’en ai bien profité dans mon adolescence (une de mes sœurs était au taquet avec mon éducation de fille, femme en devenir).

Et encore aujourd’hui, je suis envieuse, curieuse, de ce qui a pu se passer chez les jeunes soixante-huitards !

En mai 86, je suis en 1ère année de sociologie et là je sens que « je vais prendre ma revanche » et foncer sur Paris, les pavés etc.

En fait une grippe terrible me terrasse au lit (papa je n’ai pas été pervertie…) et je regarde la TV, sous la couette, en pestant contre les Dieux qui décidément, n’ont pas envie que je grandisse ou que j’agisse !

Je continue ma socio (un repère de profs soixante-huitards qui aiguisent mon sens critique) et enfin, je vois les slogans de mai 68, peints sur les murs de Nanterre, puisque je démarre un master dans cette université.

« sous les pavés la plage » « Interdit d’interdire » : et oui, ça a vraiment existé, ce n’est pas un mythe !